... Vous partez, vous revenez. Dans votre absence, j'avale une quantité phénoménale de paysages, d'émotions et de lumières... Vous êtes là et vous n'êtes pas là. Votre façon d'y être est de n'y être pas. Je regarde le fouillis des lumières, l'erreur des sentiments, la profondeur des terres. Chaque seconde fait comme un fruit, pesant et lisse dans une corbeille d'air : je le contemple. Je le tourne entre mes mains puis je le mange, prenant ainsi connaissance de sa douceur ou de son amertume.Vous revenez, vous partez. Dans votre absence, une main passe devant mes yeux, comme pour les clore. Une main de chair et de feu. Elle passe lentement, elle bouge à peine. Elle frôle mes paupières, obscurcissant momentanément le jour : là où je regarde, il n'y a plus ni ciel, ni terre. Là où je regarde, il n'y a rien...

Christian Bobin

 

 

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[La caravane passe + Affectée/désaffectée • vécu, peint et photographié par Amandin Lapin]