Mais les enfants au bout d'un moment ne voyaient plus que l'extérieur des formes et ils n'entendaient plus le chant qui racontait l'histoire de leur défroissement. Lorsqu'ils voyaient un point encore froissé, ils ne savaient plus vers quoi il évoluerait ; devant les points figés dans le présent, ils ressentaient le gouffre de l'énigme insoluble, et le temps infini qu'il leur fallait attendre avant de voir le point grandir. Ils avaient beau interroger de leurs yeux aveugles aux signes intérieurs les formes naissantes du point, caresser de leurs mains maladroites la surface muette, ils n'entendaient jamais l'appel immuable au défroissement-froissement. Ils avaient beau s'asseoir pendant des heures devant les choses, elles se taisaient devant eux qui ne pouvaient les entendre. Elles les attendaient, mais ils étaient trop enfermés dans leurs corps pour les atteindre. Ils croyaient les saisir mais elles les fuyaient.



[Au commencement le monde • texte de Nathalie Lerendu-Brand • dessins de Miettte • page 4/8 • suite ]